Le voiser

Le voiser

  • La question de la parole
  • Le parler
  • La pensée
  • La perception
  • Regarder et toucher
  • Les défauts

La question de la parole

Dans un article, intitulé la réciprocité existe-t-elle ?, nous avons montré comment le psychisme introduit un biais dans la perception du monde. Ce biais transforme le monde contingent et opaque en un milieu profond, attirant et ordonné. Le biais le plus marquant est celui de la transformation de l'autre réel qui, d'abord, est aussi signifiant qu'un cailloux et devient un meneur de l'action parce que l'autre est assez indéterminé pour passer pour un attendu. Comme cette transformation est psychique et invisible, elle ne peut pas être commune à deux individus en relation. La conclusion est qu'il ne peut pas se produire de réciprocité systématiquement sauf dans de fortes proximités. Mais ce biais ne peut servir que pour certains actes qui n'ont pas d'objets différenciables mais qui sont des champs comme marcher ou écouter, par exemple. Pour d'autres actes, tels que parler et toucher, le phénomène est différent et c'est ce que nous allons voir maintenant.

Le parler

Il faut analyser la parole en tant qu'acte.

Oubliez tout ce qu'on a dit de la parole . Oubliez les discours comme les discours dits du maître qui prendraient le contrôle de notre vie sans qu'on le sache. La parole est une création de l'individu en tant qu'objet que l'individu construit méticuleusement pour lui seul. Le parler est donné comme du langage plus la parole et le langage paraît comme bien commun à un groupe social et moyen de communication mais ce sont des préjugés. Oubliez toutes les idées de la linguistique. Repartons de zéro. Nous prenons l'hypothèse que l'effet d'une parole est très différent suivant les personnes et il n'y a, à priori, aucun accord entre les individus sur toute parole. Pour éviter de confondre la parole spontanée avec la parole qui se rapporte à des faits indépendants de l'individu nous utiliserons le terme de voiser.

La pensée

Tout d'abord, le voiser utilise de la pensée. Mais la pensée n'est pas une création comme, par exemple, un assemblage de choses élémentaires pour former un objet. La pensée ne se construit pas dans un assemblage. Ici, je ne parle pas de la pensée raisonnante mais de la pensée spontanée. Je ne considère pas la pensée qui est inscrite dans les articles et les livres. la pensée émane de l'individu, pièce par pièce, au cours du temps, comme lorsqu'on se lève, qu'ensuite on marche et qu'ensuite on prend quelque chose et ainsi de suite. La pensée reconstruit des buts déjà vécus dans le passé, qui sont attendus et recherchés sans être précisés autrement que par la pensée. La pensée permet de comprendre et déterminer le vécu passé. La pensée est un commentaire de la vie de l'individu, un accompagnement automatique émanent d'un foyer de mémoire qu'on appelle le Moi. Ainsi la pensée suit-elle un fil comme la vie mais vers quel but ?

La pensée est comme la vie. Elle arrive du passé. Elle est d'abord souvenir. Mais les souvenirs sont constitués surtout d'images. Or nous possédons peu d'images-souvenirs des autres individus par rapport à l'ensemble de nos souvenirs. La pensée ne concerne l'individu que comme une part de sa vie propre qui est différente de celle des autres. La pensée (donc la parole) ne concerne qu'un individu unique et seul. Mais est-ce que la pensée sert à autre chose que construire notre Moi du passé ? Alors les choses se compliquent un peu.

La perception

A quoi sert fondamentalement la pensée ? La pensée survient automatiquement parce que, sans pensée, le regard n'existe pas.

Le regard émane de la vue. Mais la vue ne produit pas de sens. La vue montre des formes comme celles d'un paysage nouveau. Le regard est la combinaison de la vue avec le sens ce qui change tout car on passe de la découverte à la reconnaissance, à l'acte et au but. Ce passage n'est pas évident et il est produit par la pensée verbale, mais comment ? Parce que les mots pensés appellent une image de l'imagination qui se rajoute à la vue et lui confère ce sens. Cette image, masquée par la vision, est le signifié des mots. Elle est récupérée par la vue ou la vision et forme le regard. C'est ainsi que se forme un nouveau biais du regard. On va nous dire que les animaux n'ont pas de langage et seront incapables de former des signifiés comme l'individu. Seulement actuellement, nous ne pouvons rien dire des animaux. Ici nous parlons de regard et de toucher qui sont spécifiques à l'homme.

Toutefois nous n'avons pas encore rencontré le voiser dans ce processus. La pensée est reproduite à nouveau après le premier regard parce que quelque chose manque pour créer le sens. L'acte du regard reste incomplet ; il se détourne vers la pensée pour préparer un nouvel essai. Contrairement à la vue, le regard vise quelque chose d'attendu, de préexistant qui provient du biais psychique . On ne regarde pas au hasard ; on cherche une chose précise qui ne paraît pas immédiatement. Cette chose est un objet. L'objet est le déclencheur de l'acte. L'individu est inessentiel mais il montre l'acte. C'est parce que c'est un objet particulier qui est attendu, le regard prend un certain temps. La pensée mémorise l'objet et contraint le regard à rester en rémanence malgré l'absence de son but ce qui n'est pas sans conséquences parasites.

Et finalement que reste-t-il d'un regard manqué ? Il reste la pensée seule qui passe dans la parole : "je pensais pouvoir le surprendre, mais finalement, je ne l'ai pas vu". Mais dans le cas du regard réussi, il reste l'objet ET la pensée : "c'était plus beau que je l'avais imaginé".

Regarder et toucher

Le voiser est inscrit dans le psychisme comme un effet latéral et compensatoire et finalement comme une pulsion à part entière équivalente à la pulsion du regard ou du toucher. La pulsion produit un acte ; c'est sa raison d'être. Donc, nous avons soit le regard, soit la parole ou bien, soit le toucher, soit la parole. On va nous dire que le regard et le toucher sont des perceptions bien différentes. Le toucher comprend tout ce qui fait contact avec le corps, le ressenti et la sensualité. Or le regard est également un lien avec l'extérieur et il n'y a pas de différence au niveau du mode. Comprendre le regard et le ressenti comme différents provient, en fait, de règles sociales qui réprouvent la sensualité montrée comme le regard trop insistant.

Voyez ce schéma; en réalité c'est très simple. J'essaye seulement d'expliciter chacun des termes.

D'autre part, je n'ai pas considéré toutes les pulsions existantes. Il existe d'autres pulsions telles que, par exemple, le goûter. Il faut prendre les pulsions du regarder et du toucher comme des exemples parce qu'elles sont les plus communes.

Les défauts

L'utilisation de la pensée et du voiser pour maintenir la prééminence de l'acte courant a un effet de bord notoire. La pensée utilise beaucoup la mémoire et la mémoire tend à scléroser la pensée. L'acte devient indéfectible pendant que le contexte de vie change totalement. L'individu ne peut pas se détacher de l'acte et de son contexte tant qu'il n'a pas été satisfait. Cela génère des actes déplacés et des postures maladroites. Des individus rencontrés sont pris pour d'autres. Lorsqu'un individu parle d'un fait, il parle de sa relation au fait, de sa perception du fait qui a été biaisée par des souvenirs anciens ranimés par ce fait. Les individus ne sont donc jamais dans le présent lorsqu'ils parlent. Le Moi n'est pas présent dans les souvenirs ; il est présent dans la perception des faits . Par exemple, un individu qui a été passionné d'insectes dans le passé va parler des individus qu'il vient de rencontrer comme des insectes. Un individu peut regarder sa famille comme des collègues de bureau.

La chose est encore plus compliquée car il y a des risques de névrose dans tous les actes. La névrose courante agit sur le psychisme en remplaçant l'objet désiré par un autre objet imposé par un individu de rôle social. L'objet est masqué ce qui accentue le doute sur celui-ci. L'objet est déjà vague car s'il était trop précisé, il ne pourrait jamais être découvert dans la réalité et l'acte ne pourrait pas se déclencher. L'objet est entraperçu. C'est, en fait, un type d'objet qui est caractérisé. Le vague de l'objet initial favorise le report sur un objet imposé donc la manipulation et la tromperie dans le domaine public.