Sur la piste du pouvoir

Sur la piste du pouvoir

La motivation de l'homme : la volonté

Les antagonismes sociaux, deux principes d'action

 Les exemples de commentaires

L’importance des actes devant les idées

La motivation de l'homme : la volonté

Il faut comprendre à partir de quel point de vue un historien peut analyser les actions sociales. Si ce n'est pas manifeste, c'est qu'il ne rend qu'un témoignage des faits plus ou moins partial et sans aucun sens comme à l’école. Quelle est la motivation de l'homme du peuple à se transformer en citoyen et à défendre une moralité politique qui ne le concerne pas en privé ?

Du Contrat Social indique : "On ne pourra jamais assurer qu'une volonté particulière est conforme à la volonté générale qu'après l'avoir soumise aux suffrages libres du peuple." autrement dit, avec le suffrage universel ou la démocratie directe. Autrement dit le pouvoir ne peut pas être séparé de l’individu ; il n’y a donc pas de représentation du pouvoir. Or malgré les techniques modernes de communication, le système reste le même. La démocratie serait-elle non souhaitée ?

Rousseau parle de volonté mais la volonté n'a pas de définition explicite dans le texte. Si l'individu (du peuple) possède la raison économique pour agir dans ses intérêts, Il ne reste plus à la volonté que la passion (du citoyen) puisqu'elle est différente de la raison. Comment expliquer la volonté d'égalité puisque la raison recommande l'intérêt privé. "Les hommes naissent libres et égaux." dans la Déclaration des droits de l'homme (20 au 26 août 1789). Mais les riches exècrent l'égalité autant que les philosophes détruisent la liberté eux, qui ne parlent que d'aliénation en tant que système de possession du moi des dominés bien que nous l’ayons sous les yeux avec les symptômes de la dépression ; quant à la fraternité (le multiculturalisme), on l’oublie la plupart du temps. Ces principes seraient donc des idéaux révolutionnaires, mais ne seraient pas applicables à l'individu de la plèbe.

Comment Rousseau peut-il donner deux moi à un homme : un moi de citoyen et un moi d'individu qui s'opposent ? En fonction des actions ? Mais à part les schizophrènes, personne ne peut faire de soudure entre des moi opposés. C'est comme si on pourrait être une personne chez soi et une autre personne dans la rue. Mais nous pensons que cela recouvre une psychologie différente.

 Les antagonismes sociaux, deux principes d'action

On perçoit plutôt des classes ou ordres différents, tels ceux de la magistrature ou ceux des propriétaires terriens par exemple (Tiers État), très nombreux, qui ont forcément le but de maintenir une séparation, qui sont opposés au changement de statut. Ils ne feront que guetter attentivement la plèbe qui explose en émeutes locales visant à brûler tous les contrats existants ce qui va effacer les droits féodaux. Cela ne les rend pas unis politiquement à la plèbe pour autant car les bourgeois ont racheté à nouveau des propriétés dès le 4 août, par actes mais ces actes écrits ne font pas partie des lois. C'est également le privilège féodal qui change de nom par l'Assemblée du 4 août ainsi que le roi qui devient "le restaurateur de la liberté". D'où la Déclaration des droits par l'Assemblée (en tant que pouvoir au dessus du peuple) qui crée des droits du citoyen ramenés dans le domaine de la passion volontaire. Et cette alliance bourgeoise sera très courte historiquement car le 17 juillet 1791, se produit une grande manifestation populaire parisienne sur le Champ de Mars à l’initiative des sociétés de Feuillants et provoquée par la fuite du roi à Varennes qui semble révéler des manœuvres d’une aristocratie toujours en activité. Le commandant Lafayette fait tirer sur la foule (le nombre de morts est resté secret) pour disperser une manifestation qui est dirigée contre l’Assemblée constituante suspectée de monarchisme. L’Assemblée est réélue et la bourgeoisie se sépare des Jacobins et va se précipiter dans d’autres sociétés comme les Feuillants. Finis les principes universels ; la société civile refait la politique. Les députés républicains sont des citoyens-propriétaires sauf Robespierre. Dans ces années 89-90 très connues, que nous avons passées à grands traits, Les historiens mettent en avant la motivation par les idées des lumières. L’intérêt de l’individu ne comptait pour rien. C’est l’enthousiasme de la libération morale que nous ne cherchons pas à diminuer mais qui semble douteux.

Puis viennent les Sociétés, plus de 6000, dont les plus connues sont les Jacobins et les Cordeliers. Ce sont des groupes dont les réunions sont payantes. Les historiens les décrivent comme des groupes de discussions politiques. Ce qui sonne totalement faux. Comme si à peine arrivé, on se mettait à parler à des personnes inconnues. Dans un groupe on ne discute pas ; on pêche les informations ce qui veut dire qu’on écoute, on observe et on questionne. Voilà ce que les intellectuels appellent discuter. Par contre il y a toujours un organisateur du groupe qui présente des personnes plus informés. Nous allons revenir sur cette psychologie des groupes.

Les exemples de commentaires

Voilà ce que nous lisons sous la plume d'un historien, François Furet dans La Révolution de Turgot à Jules Ferry (éd. Gallimard Quarto, p. 313) : "La Révolution de 1789 a voulu refaire la société et le corps politique sur l'idée que l'essence de l'homme, commune par conséquent à tous les hommes, est la liberté. […] Elle a en fait mêlé deux sources d'inspiration : l'individualisme libéral d'une part, selon lequel l'élément constituant du pacte social est l'activité libre des hommes à la poursuite de leurs intérêts et de leur bonheur. Et de l'autre, une conception très unitaire de la souveraineté du peuple, à travers l'idée de nation ou de "volonté générale". Ces deux sources ont été violemment séparés par la tradition philosophique française, puisque le Contrat social de Rousseau peut être lu comme une critique de la première par la seconde. Mais les hommes de 1789 en font la synthèse - fragile - par l'idée de raison, qui permet d'isoler chez chaque individu la part qu'il apporte à la souveraineté collective, et qui, d'ailleurs, est éducable. […]"

Et bien, c'est une théorie à laquelle nous nous opposons. Vous avez noté comme "l'idée" est mis trois fois sur le devant de l'essence, de la nation, de la raison, et l'intervention de la raison alors que la volonté est masquée. Tout est d'abord pensé, raisonné puis agi. C'est pour nous contraire à l'espèce humaine qui se caractérise par la passion avant l'acte. D’autre part Furet élude le paradoxe de la double personnalité de Rousseau.

Ce que nous retenons, c'est qu'il y a des actes libérateurs du peuple avec des buts matériels : il y a d'abord les émeutes de paysans armés qui attaquent les châteaux, pillent les archives des titres féodaux. Notez le groupement des paysans, le déplacement au château, la destruction des écritures. C’est une suite d’actions qui paraissent presque naturelles ; on en oublie les causes dans la plupart des écrits.

L’importance des actes devant les idées

Le 5 octobre 1789, un cortège se forme dans Paris et se met en marche vers Versailles. Le Roi signe des promesses mais un second cortège arrive et annule tout. Le peuple finit par envahir le château le lendemain. Retour du roi aux Tuileries emmené par la garde. Notez encore le déroulement : le regroupement, le déplacement, la rencontre du souverain et l'envahissement du site. Ce sont ces actes qui créent une nouvelle réalité : le roi n'est plus souverain avec une volonté propre, il est emmené de force loin de la foule par la garde nationale.

Notez aussi que c’est un déplacement du roi vers l’Autriche qui provoque une nouvelle réaction populaire. Ce n’est pas une nouvelle loi, une idée, mais bien une action qui en est à l’origine. L'Assemblée qui est le nouveau pouvoir (créateur les lois) ne fait qu'exprimer à rebours cette réalité. Elle entérine une action déjà passée. De même qu’elle change après la manifestation. D'autre part il ne faut pas confondre la loi créée par le pouvoir (Assemblée nationale) qui fixe les principes avec les actes de raison produits par l'autorité (notaires ou magistrature). Les droits féodaux seront cette fois annulés globalement en théorie et non pas dans les offices ou les châteaux. Le principe du despotisme monarchique sera effacé et les biens terrestres de l’église seront très réduits. Les pouvoirs seuls ont changé de mains. La révolution ne touche que le domaine de la passion volontaire donc celui de la psychologie humaine.