Approche sociologique

CHAPITRE 15

Approche sociologique

  • La critique
  • L'autre relation
  • Les dessous de l'autre relation
  • Les facteurs
  • La solution

 

La critique

  La grande critique de la philosophie de la représentation consiste à dire que l'homme et la femme n'ont pas été créés pour la relation verbale comme on pourrait l'interpréter mais seulement pour la reproduction. Ce qui entraîne à dire que les pulsions n'existent pas sauf une : la pulsion de reproduction.

L'autre relation

  Alors la seule motivation à l'action est l'injonction que je reçois des autres ou des dominants. C'est ce que nous dit le conformiste : l'acte est purement contraint par le dominant ou l'autoritaire. Le dominant n'est pas présent physiquement à moi mais j'agis pour échapper à un tourment qu'il m'a transmis. Et la seule relation qui existe est fondée sur le respect. L'unique liberté que j'ai, est de devenir respectable. Le respect veut dire la hiérarchisation. Je suis le 99 mais lui est le 100. Je n'ai donc rien à attendre de lui de nouveau sauf de satisfaire ma pulsion courante. J'échange cette liberté contre mon respect envers le 98. Il n'attend rien de moi ; il ne me voit pas sauf comme objet de ma pulsion courante et indéfectible. Nos relations sont ainsi prévues, stables et sans risque. La tête de la société est le domaine des oligarchiques qui vivent sans relation, dans la seule estime de soi.

Les dessous de l'autre relation

  Voilà ce que la philosophie a montré : c'est que la relation hiérarchique est fondée sur une relation de personne à moyen et non pas de personne à personne. Le dominant finit par se désintéresser de son objet parce que le dominant ne connaît que l'objet matériel qui est limité. L'objet n'est pas un absolu. Ce qui compte c'est la fin, c'est-à-dire l'acte. Le dominant se tourne vers l'autre pour remplacer son objet. L'autre passe pour un objet mais n'est pas un objet et il devient un moyen. Le moyen est le représentant d'un objet. Il est donc plus riche que l'objet. Le numéro 100 est un moyen du 99 c'est-à-dire un potentiel infini d'objets. Il y a grande différence entre l'autre transféré sur une instance, un Autre (par convention, la majuscule signale l'imaginaire) et l'autre transféré en tant qu'objet. Seulement voilà : la relation de personne à moyen est interdite par la morale. La morale stimulée produit un malaise. La relation humaine devient instable. Le dominant est diabolisé (voir chapitre 12 : le diable remplace l'objet lorsque celui-ci est inhibé). Il va tout droit à sa perte. Le dominant n'a qu'une issue qui est de dresser une muraille entre lui et les inférieurs. La société ancienne se désagrège. C'est alors que la société nouvelle se forme. On passe de la hiérarchie locale à la hiérarchie de groupes. On appelle cela : la société. On règle uniquement la relation entre les groupes, la relation politique. Chacun espère pouvoir se ménager son espace de liberté entre les murs sociaux contractuels et conventuels. Et c'est ainsi que l'on retombe sur la relation verbale inévitable le plus souvent entre hommes et femmes. La philosophie conformiste ne résout rien et elle aboutit à la violence de l'envie. La politique ne fait pas mieux ; elle a souvent recours à la violence.

Les facteurs

  On voit bien l'origine du problème : il s'agit d'un conflit de pulsions. La pulsion du dominant a pour objet l'autre, mais l'autre ne peut pas le comprendre puisque sa pulsion a un objet propre. Or, si on regarde bien, on se rend compte qu'il s'agit du même objet dans des actes différents. L'objet imaginaire du dominant est visionné comme un corps humain ; le dominant se représente son objet comme un individu , donc comme un Autre qui attire le Soi en remplacement de l'objet. Mais le grand-Autre dominé se représente son objet comme un Soi c'est-à-dire un corps humain en tant qu'objet sur lequel se projette le Soi ce qui est différent.

perçuVécu

  On comprend alors ce qui constitue le but d'une discussion. Dans le cas du dominant, la parole vient de la mémoire immédiate et amène le Soi.  Le Soi ne peut pas être touché puisqu'il est imposé. Dans le cas du commun, la parole apporte la présence d'un Autre et avec elle le sens. La parole du dominant n'a aucun sens. C'est une injonction qui ne concerne pas le Soi. Dans le second cas, la discussion est tendue puisque le Soi risque d'être modifié par le sens.

   Ce sont néanmoins des objets de forme humaine identique. Le conflit semble donc insoluble et à partir de là, les auteurs (Machiavel, notamment) disent qu'il faut des lois et encore des lois pour limiter ou bloquer les pulsions. Il faut et il suffit changer la constitution. Mais cette solution est mauvaise puisqu'on ne peut pas supprimer la pulsion. Bloquer une pulsion revient à l'amplifier encore plus. La pulsion ne peut être bloquée puisque sa fin est justement de surmonter un blocage.

La solution

  La solution est visible dans le système des pulsions, c'est-à-dire la représentation. Elle consiste à déplacer le Soi vers une autre instance. Fritz Lang a donné un exemple de déplacement imaginaire dans le film Métropolis. La pulsion du dominant est attirée sur un autre réel, un secrétaire, qu'on appelle collaborateur dans le langage conformiste. Mais le fils du dominant fait également une projection sur cet employé, ce qui met les deux personnages en conflit alors que la différence de position est évidente. Comment est-ce possible? vous direz-vous. Parce que ce n'est pas un conflit dans le monde matériel. Ceux qui ont vu ce film savent que les deux personnages ont des fins très différentes voire opposées avec le secrétaire et cette histoire illustre notre thèse vue plus haut sur le conflit entre dominants et collaborateurs. Mais bientôt, le dirigeant est détourné vers un robot-autre qui est destiné à remplacer le travailleur-autre. Là aussi, cela colle à notre thèse puisqu'il s'agit d'un remplacement. Il est vrai que, dans le film, ce déplacement n'entraîne pas la solution du conflit puisque la catastrophe est déjà en marche dans la machine de production dès le début. Sinon, on pourrait imaginer que le dirigeant aurait exilé le fils avec sa relation et se serait installé avec sa robot-secrétaire. La robotisation est en pleine croissance grâce à la technique numérique mais le robot n'en est pas encore au niveau d'attirer le Soi comme dans le film. Créer un objet qui imite un organe est une impasse car l'essentiel est la motivation d'existence, la mission du robot qui n'est que dans la science-fiction. Dès que j'ouvre un média, je tombe inévitablement sur l'exploit d'un noble dirigeant qui a remplacé 60.000 postes d'usine par des robots. Cela signifie que la production de masse va être bientôt fermée aux individus. Toutefois il restera encore la production imaginaire au cas par cas. Les deux domaines tendent à se séparer. Reste à savoir à quel prix.

  La catastrophe du film, qui masque le conflit humain, simule très bien la morale. La morale intervient en déplaçant les pensées de l'acte. Vous voyez que le système imaginaire avec la morale produite est présent en permanence dans tous les actes de l'individu et non pas uniquement dans la reproduction. L'imaginaire donne un sens au film de F. Lang qui est pourtant l'expression d'une période radicalement matérialiste.

  Vous avez tout à gagner avec la philosophie de la représentation. C'est la philosophie qui vous aide dans vos relations. On vous dit d'entrer dans le monde des relations qui est l'avenir mais pas sans une philosophie fondamentale.