Evolution

CHAPITRE 8

L'imaginaire et le corps

  • Évolution imaginaire
  • L'imaginaire est-il variable avec le genre ?
  • Reprise sur l'évolution
  • Question sur l'imaginaire

 

Évolution imaginaire

  Nous avons montré que les vraies barrières sociales sont autres que les classes sociales selon les idées communes. Nous avons mis en évidence trois espèces de psychisme : le dominant autoritariste, le publicain conformiste, et l'individualiste libertaire ; le culte de la grandeur, le désir de la fonction et l'obsession de l'objet. Ces trois modes dressent des barrières infranchissables entre les individus. Ils sont dus à une évolution de l'imaginaire produite par deux types de régression. Ces régressions sont elles-mêmes consécutives à des traumas d'échecs.

  Le grand bouleversement, qui n'a pas été encore bien compris, vient avec la relation d'amour qui est une nécessité psychique (donc physiologique) pour les hommes et les femmes. Pour être pleinement un homme ou une femme, il convient de passer par cette expérience de l'acte d'amour. C'est une contrainte qui vient de l'espèce. Seulement, après une relation, puis une autre expérience, l'échec survient fatalement. Dès lors, il y a régression au stade antérieur de la croyance. Et cette régression fait tendre vers le code moral. Ce retour fait revenir au niveau de l'individu du code moral. Car ce code est une antiquité philosophique de l'occident. Les idées de cette époque du XVIIIe sont les principes moraux d'aujourd'hui auxquels l'adulte retourne dans la régression. Mais pourquoi ces échecs ? Parce que la société est encore trop peu évoluée pour répondre à la demande de l'imaginaire. De fait, les contemporains expriment généralement une amertume et un sentiment d'échec.

  A vingt ans, un homme comprend que les copains sont obsolètes. Il ressent une solitude, un sentiment d'insuffisance et devient un individualiste. Toutes les relations se transforment. De même la femme tend vers plus d'autonomie et vers son petit-Autre. Puis l'homme abandonne ses idées réformatrices. L'homme et la femme quittent leur petit-Autre et acceptent de ne plus être leur maître. Enfin, ils sont captivés par le rayonnement des dominants, du sur-Autre.

  Ces évolutions de l'imaginaire dressent des barrières infranchissables entre les hommes et la société actuelle ne permet pas de surmonter ces différents. Tant que l'imaginaire ne sera pas pris en compte en tant que force sociale, la société humaine ne pourra prétendre à la supériorité qu'elle se donne.

L'imaginaire est-il variable avec le genre ?

  La question qui peut se poser simplement est celle de la différence entre les hommes et les femmes.

  L'imaginaire est le même pour les hommes et les femmes toutefois, l'imaginaire est activé par les transferts qui ne sont pas les mêmes entre les hommes et les femmes. Après le transfert, la femme se projette moins facilement sur le sur-Autre hiératique et le petit-Autre meneur. De même que l'homme se projette moins facilement sur le grand-Autre souverain. Toutefois, il faut se rappeler que projeter n'entraîne pas devenir mais plutôt imiter l'acte.

  On nous dira (tel Georg Simmel, Psychologie des femmes, Petite Bibliothèque Payot) que les femmes prennent plus de décision, ont l'esprit de synthèse (du signifié), sont sentimentales, exagératrices alors que les hommes rationalisent, pèsent le pour et le contre (le signifiant), poussent jusqu'au détail. Mais ces observations ne correspondent qu'à une seule stase psychique et oublient la force de la projection : je m'identifie à un personnage maître (un petit-Autre créé par transfert d'un perçu) qui se tourne, se projette vers un objet ou un personnage et m'oblige à projeter. De même que si je vois (acte instinctif pré-œdipien), quelqu'un, homme ou femme, regarder (acte pulsionnel œdipien), je regarde automatiquement (acte pulsionnel), de même, la projection imaginaire est inéluctable. Cette projection est l'équivalent imaginaire de l'acte, la préparation qui donne l'impulsion de l'acte tel que regarder, ou tout autre acte. Mais différencier est le contraire : c'est rester à côté. C'est ne plus pouvoir se séparer puisque la séparation suppose l'identité au départ et l'identification est le point de départ de la projection. Si on reste dans la différence, il n'y a ni relation ni acte. Or on ne voit pas ce qui s'opposerait à l'acte pour un genre. On ne voit aucune différence bloquante puisque l'agent de la projection, le petit-Autre est le même pour les deux genres. Il est généré par la même éducation. Par contre, l'objet montré par le petit-Autre n'est pas le même selon le genre. Les actes sont identiques dans les deux genres mais il est possible qu'on associe à tort le genre et l'acte parce que l'objet qui est le catalyseur de la projection est différent quoique l'objet soit à peine déterminé dans l'imaginaire. Par exemple, le signifié au lieu du signifiant. Je réponds en tant qu'homme que je suis.

  Mon expérience m'a montré que les femmes sont différentes avec les hommes et avec les femmes. Entre femmes, elles sont toutes à leur être alors qu'en présence de l'homme, elles sont plus réservées et contractées ; elles sont comme dans une scène difficile à jouer du fait du risque d'identification justement. Mais je suis bien persuadé que c'est identique pour les hommes. La tension est comme l'effet de la relation réciproque entre deux individus identiques sur le même lieu.

Question sur l'imaginaire

  La question est de comprendre comment une représentation imaginaire aussi simplette que « vision d'un personnage masculin qui parle » peut commander nos actes et par extension nos actions puis nos projets.

  Cette question se rapproche de celle qui hante la philosophie depuis l'origine grecque : qui est le maître ? Est-ce le corps ou l'esprit ? Est-ce que l'humain est limité par la nature ou produit sans limite par la culture ?

  Vous avez compris que l'imaginaire intègre une représentation des phénomènes organiques et donc qu'il les subit sans pouvoir les atteindre. L'imaginaire est le passage unique avec le corps mais il ne fait que représenter.

  Mais depuis Freud, on ne peut pas ignorer le phénomène de la pulsion. L'imaginaire commande les pulsions en produisant des accumulations d'énergie entropique sur certains actes réflexes. L'imaginaire simule les conditions d'excitation des actes instinctifs. Ces conditions sont trouvées chez d'autres individus et sont acquises dans l'éducation sociale. Ces conditions sont d'origine culturelle. L'éducation donne la primauté à certains actes ce qui réorganise le système instinctif de la phylogenèse. Le système instinctif brut va être réorganisé en une chaîne d'actes primaires.

  C'est ainsi que nous répondons à la question. Supposez qu'un individu réel rencontré par hasard se montre tel -un personnage masculin qui parle- alors, il y a une conséquence physiologique directe dans mon corps. S'il n'y a pas de conséquence, cela vient de ce qu'une autre représentation est attendue et nous avons montré que ces représentations sont nombreuses. Or ces représentations ne sont pas toutes sur le devant en même temps. Elles ont une priorité ce qui est équivalent à une structure d'organisation.

  Vous voyez donc clairement l'influence de la culture (transmise par l'éducation) sur la nature humaine. Vous comprenez donc combien vous en dépendez. Mais attention ! Nous ne disons pas que la culture a une influence directe sur les actes. Nous montrons seulement que la culture donne un poids différent à certaines représentations qui sont, elles, physiologiques. Vous admettrez que les différences psychologiques sont influencées par des idées et seulement influencées. Dans la relation par exemple, ce ne sont pas les idées qui se transmettent, ce n'est pas la vie des idées qui diffuse, c'est au contraire leur destruction par les signifiés qui sont des objets à détruire eux aussi. L'individu vit une réalité représentée sous l'influence de phénomènes naturels. Il faut donc revenir à la nature humaine.