Synthèse

CHAPITRE 16

Essai de synthèse

  • Les deux vies de l’individu
  • Psychologie évolutionniste de Max Weber
  • Psychologie matérialiste de Sartre
  • Métapsychologie de la psychanalyse
  • La psychologie représentationniste

 

Les deux vies de l’individu

  Faisons une pause et essayons de retourner aux concepts essentiels ce qui pourrait peut-être satisfaire les esprits de synthèse toujours très chagrins.

  Dans la première partie du livre « Philosophie La vie subjective L’acte La relation », nous opposons deux vies de l’individu : la vie dans la matérialité et la vie sous l’imaginaire. L’individu humain vit sur deux modes de vie complètement séparés. Ces deux vies coexistent en même temps sans se mélanger. Tous les individus ont une double vie. Il n’y a aucune unicité, aucun fondement unique de vie chez l’homme d’où une tension, le sentiment courant d’avoir gâché son temps.

  C’est ainsi que nous comprenons Dostoïevski dans Les Démons (éd. folio classique partie 2, chap. 7) : « Partout et toujours, depuis le commencement des temps, la raison et la science n’ont joué dans l’existence des peuples qu’un rôle subalterne, au service de la vie ; et il en sera toujours ainsi, jusqu’à la fin des siècles. Les peuples se constituent et se développent mus par une force toute différente, une force souveraine, dont l’origine reste inconnue et inexplicable. Cette force est le désir inextinguible d’aboutir à une fin et la négation en même temps de cette fin. »

Psychologie évolutionniste de Max Weber

  Chez Max Weber, nous avons vu qu’il existe trois sphères de vie humaine (économies, sciences et art) et chacune est complètement unique dans l’individu. Dans chacune de ces sphères s’est développée au fil des temps historiques une espèce d’individu. Cependant, il n’y a pas de conflit entre individus car elles ont, au moins jusqu’au XVIIe siècle, un principe commun : les religions. Max Weber a admis que ces sphères de vie étaient en voie de disparition à partir du XXe siècle. Nous n’avons pas repris ces idées de sphères de vie.

Psychologie matérialiste de Sartre

  Au début du XXe siècle, Jean-Paul Sartre expose dans « Critique de la raison dialectique (autrement dit : critique des philosophies du XIXe) et théorie des ensembles pratiques » une raison matérialiste (un processus) comme fondement unique de la raison humaine (motif de vie) donc de la psychologie.

  Le principe de la raison dialectique réhabilitée par Sartre est que la réalité objective est le guide de la vie humaine. Guide et non pas but. Les possibilités de l’individu sont entièrement limitées par l’environnement matériel. Et Sartre va loin : les objets sociaux, les collectifs, sont des véritables rails pour l’individu. Une fois saisi par le collectif après un quasi-choix entre des collectifs possibles, l’agent doit rester en attente dans sa file sous risque d’être exclu. Lorsqu’il y a des queues à tous les guichets, il n’y a pas d’autre choix que la queue la plus courte. Cependant on ignore si elle est la plus rapide. Il n’a donc aucune autre représentation de lui-même que celle d’une machine collective qui n’est pas à son échelle. Il voit le monde comme milieu de cette machine (j’utilise volontairement ce mot machine à la place du mot système qui vient de l’idéalisme : par exemple, la ville est une machine). Sartre bâti un type social appelé Tiers dominant, celui qui est dans une autre file, mais ce Tiers émane de son propre objet. Son attitude corporelle est produite par l’objet et son psychisme est une extension de l’objet. Alors que le type social Autre, celui qui est dans la même file et donc qui pourrait se révéler comme vrai représentant de l’agent, est un concurrent pour l’objet. Toutefois on m’a fait remarquer que, par la proximité, il devrait être choisi comme représentant. Seulement cette proximité cache l’essentiel pour représenter qui est l’acte en train. Ainsi, on entend partout ces affirmations étranges qui soutiennent que la seule motivation humaine est l’optimisation logique de son potentiel matériel qui lui donne l’apparence de l’autre, qu’elle est une accumulation d’objets selon les lois économiques ou plutôt, une accumulation dont on déduit ces lois. Mais l’amour dans ce fondement, d’où sort-il ? Et la pulsion, la passion ? On vous rétorque que ce ne sont que des incidents mineurs de la vie. Mais de plus, qu’est-ce qui ferait changer l’individu puisque la matérialité est inerte et ne change pas par essence ? Sartre nous dit : il n’y aurait que le groupe. Le groupe remplacerait subitement la machine. Mais en même temps, il n’y aurait plus d’individu.

  On ne peut nier que les concepts de Sartre soient vrais et d’ailleurs personne ne le conteste formellement mais il apparaît que ce n’est pas toute la raison humaine. La philosophie matérialiste laisse un vide, une énorme friche que personne ne dénie totalement.

  Dans le livre Philosophie… nous avons étudié les concepts de Sartre. Il est visible que nous restons dans des critiques ponctuelles sans remettre en cause tout l’ensemble. Nous avons écrit par exemple (p. 86)  : « Nous soutenons que la subjectivité n’est pas que cela. » Nous avons fait remarquer que Sartre parlait de guides, de rails et d’imitations empathiques mais passait sous silence les buts et les projets. Nous avons donc changé de branche.

Métapsychologie de la psychanalyse

  Et la deuxième branche qui se présentait était la psychanalyse. Mais la psychanalyse était par principe névrotique. La raison humaine tombait dans un chaos. Si le psychisme n’est pas matérialiste, devrait-il être forcément névrotique, voire psychotique ? Absolument pas. Cette question est en fait très fausse. Elle est poussée dans une méfiance instinctive des autres. Elle n’a donc aucune objectivité. La psychanalyse ne s’avère pas un outil à réutiliser en psychologie.

  Lorsqu’on est jeune adulte ou adolescent, on apprécie beaucoup les symboles parce qu’on peut les relier à un sentiment et à un perçu. Le symbole est attaché à un souvenir même s’il est composé que de syllabes simples comme x et ce souvenir ramené aussi facilement procure un certain plaisir. Un chiffre quelconque peut m’évoquer un lieu de mon passé. Mais voilà : cet attachement du symbole ne se produit plus à partir d’un certain âge. Bientôt il n’y a que la parole qui ramène les souvenirs visuels. La parole appelle une autre parole qui est une description d’un vécu. La parole et la pensée ne sont que des moyens intermédiaires. Tout ce qui fait notre moi, n’est composé que de souvenirs visuels. Mais ces souvenirs sont souvent imprécis ce qui fait que le moi reste difficile à déterminer. Est-ce que je suis un homme bon ? Plus ou moins. L’interprétation verbale des souvenirs d’expériences vécues, qui consiste à revenir à la pensée d’origine, n’est pas assurée. Il y a toujours un doute attaché à chaque interprétation. L’interprétation verbale du présent est possible parce qu’elle se lie à un souvenir plus vieux. Mais cela ne se produit pas pour un souvenir ancien1.

  Si vous avez fait des fouilles dans le freudisme et dans la psychanalyse, vous avez sûrement constaté que, ni la névrose de transfert (provoquée par une personne), ni la psychose n’ont, à ce jour, d’explication complète. En conséquence, personne ne peut se faire valoir de la psychanalyse, du moins de la théorie métapsychologique. Ce vide nous a contraints, une fois de plus, à changer de branche.

La psychologie représentationniste

  La troisième branche est celle de l’imaginaire. En prenant l’imaginaire qui est jusqu’à maintenant virtuel pour un concret, nous avons mis en évidence une structure, un motif qui se répète. Quel en est le fondement ? Le petit enfant qui est habitué aux soins corporels par un mentor découvre un jour que le toucher est interdit. Il va alors remplacer la sensation du contact par une hallucination qui consiste à écouter son mentor et de fait, à entendre le butor qui accompagne son mentor. Cette écoute lui donne le sentiment d’une présence proche qui prépare les jeux de soins. Une voie imaginaire est ainsi créée pour remplacer son instinct barré du toucher. A chaque fois qu’une interdiction est découverte, une nouvelle scène imaginaire est créée pour mettre en attente sa pulsion du toucher. Pendant toute l’enfance s’accumule une chaîne de représentations qui constitue l’imaginaire. L’imaginaire devient alors la voie qui est suivie en priorité, à la place des instincts, pour les actes après l’enfance. A chaque fois, un sens particulier va se substituer au sens du toucher. Ainsi tous les sens vont être amplifiés et devenir des pulsions de l’adulte.

  Les pulsions sont donc exprimées visuellement ce qui constitue une représentation imaginaire unique. Pour qu’une pulsion soit déclenchée, il faut qu’elle soit prête sur le devant et qu’un déclencheur soit rencontré dans la réalité ce qui démarre une suite de projections de scènes imaginaires. Or, justement, les déclencheurs sont des types sociaux communs. On retrouve le Soi dans l’agent de Sartre, l’Autre de Sartre devient le petit-A et le Tiers devient le grand-A. Il existe le sur-A qui est le maître du collectif. Ces instances-types sont en acte dans la représentation, en acte sur un objet ou bien en relation. Il faudrait donc avancer dans le détail.

  Ainsi l’individu n’a aucun choix à faire dans sa vie subjective. Elle se déroule en arrière plan de sa vie matérielle et sociale. Seulement la plus-value inestimable par rapport à la vie sociale est que l’individu trouve un but et également un sentiment de puissance libérée, deux valeurs qui ne proviennent pas de la vie matérielle quoiqu’on fasse. C’est bien là que nous trouvons l’existence qui ne peut pas être mesurable par définition.

  Tout ceci n’est qu’une synthèse rapide et il faut vous reporter au livre et ensuite au site pour expérimentation.

1- Rappelons qu’au lieu de l’interprétation dans le domaine verbal, nous avons promu la recherche de sens par les visions.