Le moi de la pensée

Chapitre 4

Le moi de la pensée

Nous n'allons pas ouvrir un débat sur la logique cartésienne. Le "je pense donc je suis" est en dessous de nos préoccupations. Pour nous, il signifie seulement que la pensée est au moins une preuve de l'existence de notre moi. Mais quel moi ? Cela reste ignoré. De fait, le "je" de "je suis" n'est pas identique au moi. Le "je" du "je suis" pourrait être celui d'un individu chargé d'appuyer sur des boutons. Si on lui impose de confirmer son acte à son poste par un message, il dira "je...". Mais dans son for intérieur, il pensera que son vrai moi est ailleurs.

Pensée et moi sont confondus. Nous parlons ici de la forme irréfléchie de la pensée. Par contre, la pensée réfléchie utilise un savoir et elle reste extérieure à l'individu. Elle décrit des rapports d'extériorité dans le monde matériel. En fait, on utilise un moi dans la pensée réfléchie comme le montre l'exemple de l'homme au poste de travail semi-manuel. Au contraire, la pensée spontanée, elle, est toujours centrée sur des représentations de l'individu qui sont, par essence, des formes concrètes de moi. Bien plus, nous disons que nous avons plusieurs formes de moi d'une part et que la pensée et le moi sont des synonymes d'autre part.

Il y a donc différentes formes de moi qui prennent le devant à un instant donné et que la pensée est chargée de différencier. Dans plusieurs essais de ce blog , nous avons déjà analysé quelques formes : la pensée d'objet (3), la pensée d'intention (4), la pensée d'amour (5). Nous venons de montrer la pensée de lieu (2) qui est la transcendance et nous tenons acquis la pensée de déplacement (1) ou du corps propre. Toutes ces pensées sont structurées en suite c'est-à-dire en ordre (suivant les nombres); chaque forme est incompatible avec les autres quoiqu'il existe un léger recouvrement qui d'ailleurs ne passe pas inaperçu avec le phénomène du fantasme.

On oppose la contradiction soulevée par le monde animal : Ils n'ont pas de pensée verbale et la voie de l'image du moi composée par la pensée n'est pas vraie pour eux alors qu'ils suivent bien perpétuellement certains buts. Mais les animaux, les mammifères au moins, ont des chants et des cris ou des expressions corporelles que les autres individus autour comprennent. Il y a des associations visuelles qui remplacent la pensée. On pourrait arguer que la pensée étant impossible, l'animal utilise directement un système de pulsions sans intermédiaire. On pourrait même en déduire que l'animal utilise directement son immanence qui ne serait rien d'autre que son système de pulsions. Le soi pourrait être la fixation d'une pulsion sur une image. Il n'y a donc pas d'incompatibilité ou de contradiction.