La culture

Chapitre 2

La culture

- pensées de Sartre sur l'idéologie et la culture

- critique de la culture de Sartre

- L'idéologie

- Critique de l'idéologie

Pensées de Sartre sur l'idéologie et la culture

La transcription du monde simplement perçu par les sens en savoir matérialiste peu ou prou rationnel se fait au moyen d'une grille de savoir qu'on appelle la culture. La culture est une forme d'idéologie. Le problème est donc de comprendre comment la culture arrive à l'individu.

Sur ce point J.-P Sartre nous a écrit une synthèse éblouissante et indépassable dans son opus "L'Idiot De La Famille" (éd. Gallimard, 1972, Gustave Flaubert de 1821 à 1857, p. 44 et suiv.) . Sartre avait le besoin de présenter la culture comme savoir de base qui soutient l'esprit pratique et qu'il nomme l'Esprit objectif. L'Esprit objectif est la raison qui soutient l'art et, en particulier dans sa thèse, la forme d'art précise du XIXe qu'il appelle l'Art-névrose c'est-à-dire l'art antiromantique dominant de la première partie du XIXème.

Que nous dit ce texte qui donne toutes les références de la pensée pratique et rationnelle ?

Surprise ! Voilà que Sartre commence par l'esprit de la nature qui est inconnu pour la plus grande part de notre génération. Mais pourquoi parler de nature ? Pourquoi remonter à  Adam auquel même Ève reprochait son désintérêt de la nature ? Quel est l'impact de Adam ? Cette nature n'est-elle pas angoissante ? N'a-t-elle pas provoqué des catastrophes par exemple, au XVIIIe ? Nous avons déjà le pratico-inerte qui est le monde de l'acte. Le monde brut que vous voyez en ce moment même de votre vie, c'est cela le pratico-inerte, bref, le monde humain dont le sous-monde urbain, la rue où l'on s'amuse à totaliser, à catégoriser. Mettez de côté, oubliez donc, cet esprit de nature pour l'instant même si celui-ci semble de retour. Il n'y a pas de guerre entre nature et culture. Je pense que Sartre a introduit la nature pour se placer l'origine de la culture en tant que contraire alors que nous pensions chercher les raisons de la culture. La nature est un milieu pour se cacher du regard ce qui semble très recherché par de nombreux mammifères.

Comme pour Adam, le monde doit être dépassé dans la souffrance du besoin. Le monde semble donc imposé et restant à  l'extérieur. C'est la relation fondamentale au monde qui va passer dans la dramatique relation de production et la division des producteurs antagonistes.

Pour Sartre, cette relation au monde passée en relation aux autres va se poser pour soi du fait de son expression dans le langage. Le langage est rémanent et il sclérose la relation. C'est l'apparition de la culture. Du coup, le savoir s'avère faux et déphasé. Du coup, il devient idéologie. L'idéologie est la conception de la classe dominante sur les conditions de vie des producteurs. Cette classe dominante, du fait de l'exercice systématique du pouvoir, universalise l'idéologie. Celle-ci est bouclée comme unique vérité éternelle. Le principe de la domination est de faire croire que le dominé applique lui-même la domination aux autres. Elle devient un rempart contre tout changement. Elle devient l'Esprit objectif dans la culture. Elle transforme les relations en institutions et en impératifs.

Critique de la culture de Sartre

La culture serait donc engendrée par la domination masquée. Et Sartre montre que la contre-culture ou Art-absolu n'est pas une solution si simple car elle se bat avec des fantômes. Pour Sartre, le capitalisme était tellement triomphant vers ces années 1850 qu'il a conduit les écrivains à l'échec de l'art ou Art-névrose.  Nous pensons que Sartre n'a pas détecté l'existence d'une pensée absolue opposée à la pensée matérialiste. Mais de quoi parlerait-elle,  cette pensée si elle n'a aucun objet réel ? Tout simplement du corps propre ou plus exactement de votre propre existence à travers votre corps.

Voilà comment Sartre décrit la base de l'Esprit pratique ou Esprit de l'acte pour lui. Ceci n'est qu'un résumé que je voulais le plus simple possible.

L'idéologie

En ce qui concerne l'idéologie, ce texte nous paraît dire : le principe de la domination est de montrer que le dominé applique lui-même les schèmes de la domination aux autres. Or le dominé se forme une idéologie en tant que recettes pour être reconnu le meilleur de son milieu, pour attirer à lui les autres. On retrouve cette idée chez P. Bourdieu (La Domination Masculine, éd.  Points, 1998, p. 62):  "Le pouvoir symbolique ne peut s'exercer sans la contribution de ceux qui le subissent et qui ne le subissent que parce qu'ils le construisent comme tel ". La culture ne serait donc pas seulement une conception du dominant. Or ceci est le principe de la corruption bourgeoise. Je suis corrompu par les autres donc je dois corrompre les autres.

Critique de l'idéologie de Sartre

Par contre, nous nous élevons en faux sur cette forme d'Esprit de l'acte puisque pour nous l'acte est commandé par le Soi éternel de l'espèce représenté dans un Moi temporel. Il y a effectivement un esprit pratico-rationnel qui nous met en accord avec les lois de l'inertie mais ce n'est qu'un moyen extérieur et ce n'est pas ce qui détermine l'individu vers un but. Il est indéniable que le besoin existe et qu'il nous impose un calcul rationnel pour le gérer mais, avant le besoin, il y a des forces de l'espèce humaine beaucoup plus dominantes. Adam était totalement passif parce qu'il n'avait pas le Soi alors que Eve a rencontré le soi par hasard. Ils ont été contraints de se reproduire. Ces forces dépassent le besoin de l'individu par le fait qu'elles agissent sur la reproduction de l'espèce.  La force de l'humain est dans ses 46 chromosomes ET 2 jambes de course pour se reproduire facilement.

Nos réflexions nous amènent à cette idée que nous possédons deux formes d'esprit confondus en une seule pensée car elles ne se recouvrent pas : une pensée pratique : moyens imaginés-fins et une pensée synthétique : intentions-images.