Les deux pensées

Chapitre 3

Les deux pensées

- La pensée matérialiste

- La pensée symbolique

- Conséquences sur la culture et l'art

La pensée matérialiste

Nous avons donc deux esprits ou si vous préférez deux pensées. Nous avons une pensée matérialiste pure et une pensée pure symbolique.

Prenons des exemples fictifs : avec la pensée matérialiste, cela pourrait donner :

 1- (vision mentale du plan de quartier) - "pour aller chez Annie, je dois prendre le bus dans cette rue et changer de bus ici".

Dans 1, je ne vois que des moyens de contact, un plan comme moyen de localisation, un ou deux moyens de transport. Après, je dois commencer un nouvel acte de visite à Annie. À la limite une autre personne aurait pu me donner ou m'échanger la marche à suivre.

La pensée symbolique

Avec la pensée symbolique , cela donnerait :

2- "si je vais me promener dans ce quartier, je pourrais rencontrer Annie " - (vision mentale d'Annie).

Dans 2, le quartier est, en entier, symbole d'Annie. Je pense verbalement à un quartier mais je vois une personne. Je n'ai plus besoin d'acter une visite réelle. Je me retrouve avec la présence d'Annie. Avec une Annie quasi-réelle alors qu'elle n'est que possible. Elle m'a surpris en vision comme si je la percevais avec mes sens. Il n'importe guère de la voir plus concrètement. Je sens sa présence évidente comme si elle était là, en massive. Le symbole fait advenir le sentiment qui est unique. Et le sentiment est envahissement total. Dans la peur, vous n'êtes plus dans vous-même. Vous êtes envahis par votre corps sensible. L'esprit est emporté par une peur puis relâché aussitôt après puis repris à la première pensée verbale et ainsi de suite. Si vous n'êtes pas seul, on vous dirait de penser à autre chose pour couper le sentiment qui vous lie. On  vous ferait retomber dans le vécu immédiat donc dans la pensée matérialiste. Dans les rêves, vous passez d'un sentiment à l'autre sans pouvoir vous délier donc d'une image de rêve à l'autre ce qui vous apporte une impression de continuité entre les images qui sont très statiques. Voyez le rêve référentiel de l'homme aux loups  de Freud. Le loup est reproduit sous la peur en plusieurs loups pourtant pacifiques et assis sur leurs pattes de derrière ce qui est plutôt inhabituel pour le loup, animal vivace toujours en mouvement, qui a un flair inouï mais voit peu et donc qui produit des images à partir des sensations. En fait ce loup se présente dans le rêve comme un dominant du lieu qui barre toutes les routes de fuite symbolisées par des branches. La pensée symbolique est ce mode de pensée absolu.

Ainsi le symbole a un effet majeur sur l'esprit. C'est le moyen d'emprise d'un autre que vous savez d'évidence n'être pas vous-même. C'est donc un moyen de communication hors de vous-même. Or les restes comme les mégalithes montre que ce moyen est connu de tous temps par l'espèce. Les mégalithes montrent que la communication symbolique était développée avant le langage. C'est ainsi que les morts communiquaient avec les vivants et communiquent encore. Il n'y a pas de meilleur moyen de communication concret y compris le langage. Il est surprenant de voir que les femmes ont beaucoup moins droit aux mégalithes. Leur relation dans l'au-delà serait-elle dangereuse ? Les femmes passent toujours pour avoir un esprit difficile et incontrôlable par la raison pure.

Conséquences sur la culture et l'art

Dans la pensée matérialiste, on utilise le moyen d'un savoir acquis et en attente qui n'est autre qu'une culture. On s'efforce laborieusement de relier en série des morceaux de savoir seulement poussé en avant par des petites joies de réussite.

Dans la pensée symbolique, on crée un tout qui est un nouveau moi sous l'emprise d'un soi qui est en cours de changement et qui est déstabilisé. On subit une emprise, on se sent dans un domaine, dans une transcendance, qui est imaginaire. On se retrouve dans une création imaginaire ex nihilo. On perd toutes nos références et donc notre culture. La pensée symbolique est extérieure à la culture elle est donc du côté de la contre-culture. Et comme elle est création imaginaire elle est dans le domaine de l'art. Il apparaît donc que l'art est engendré par la contre-culture. Bien entendu, le sentiment ou l'émotion donné par l'art persiste dans les souvenirs mais cela n'en fait pas une culture. L'art n'est pas engendré par des souvenirs mais par des sentiments.

Vous allez dire que cette pensée symbolique est, de tous temps, pathologique. Selon P. Bourdieu (op. cité, p. 59) : " La force symbolique est une forme de pouvoir qui s'exerce sur les corps, directement, et comme par magie, en dehors de toute contrainte physique ; mais cette magie n'opère qu'en s'appuyant sur des dispositions déposées, tels des ressorts, au plus profond des corps ". Si Macbeth n'avait pas rencontré les sorcières, il n'aurait jamais tué, dans son propre domaine, lui, un adorateur de la domination c'est-à-dire de la maîtrise du lieu. Mais enfin, le but de cette œuvre est autre que de faire la morale de la domination ou de comparer pouvoir et domination. Néanmoins vous avez noté comment le roi Duncan débarque à l'improviste au moment où Macbeth remâche ses fantasmes.

Vous allez présenter devant nous des malades tels que l'hystérique (féminine ou non) qui nous affirme que l'autre est physiquement entré dans leur corps et leur communique par des tortures. Or c'est précisément l'essence de la communication. La communication est toujours un risque d'intrusion dans vos défenses physiques.  Le discours des rationalistes est justement que cet esprit archaïque est la source de presque toutes nos maladies somatiques. Mais la progression de l'esprit matérialiste a été faite en intégrant, en assimilant toutes ses croyances de l'esprit symbolique.

 Il est  absurde de penser qu'un jour, l'esprit matérialiste pourrait devenir l'esprit unique puisqu'à ce moment là l'homme deviendrait un androïde. Il n'y aurait plus d'art possible. Si l'humain est au dessus des faits, s'il est un aboutissement de millions d'années d'évolution, il lui impose d'avoir un esprit totalement différent de la matière. L'homme doit se conduire selon un esprit magique en faisant confiance à ses sentiments qui sont le reflet de son espèce.