Les pensées de la marche

Chapitre 1

Les pensées de la marche

- Les pensées

- Observations des individus

- Observations des choses

Les pensées

Je me trouve dans la rue de la ville, axe des actes humains et je suis bloqué et entraîné par ma perception de trop nombreuses choses. La plus-part des gens dans la rue se donnent à  l'observation des autres mais ils ne veulent pas voir les autres. Ils pensent sans mot : c'est ma rue. J'en suis une partie. C'est ce qu'on appelle une totalisation. Totaliser c'est penser la réalité perçue indéfinie par des parties isolées. C'est donc une pensée typiquement matérialiste et non subjectiviste. C'est la pensée réfléchie qui ne forme aucune image mentale. C'est une pensée qui est déterminée par la réalité matérielle perçue.

Observations des individus

Dans la rue, les femmes ont un comportement masculin. Le comportement propre à la femme, mais pour celles qui le veulent, est un comportement d'exhibition et d'attraction. On nous dit que c'est un comportement de domination. Il est évident que la femme domine l'homme dans la rue par une attirance. Dans la rue,  l'homme est un homme du dessous, condamné à séduire. L'homme ne peut pas maîtriser son comportement alors que la femme le jauge. L'homme de la rue est un homme du dessous, comme un bourgeois qui se masquerait pour corrompre mieux. Mais c'est l'homme du sud. L'homme du nord n'est pas un corrupteur donc il ne se cache pas. Il ne cache pas ses vices. Il les exhibe. C'est ce que m'ont montré plusieurs voyages. Seulement, domination n'est pas le bon terme. Dominer suppose qu'on impose ses buts à  l'autre sans justification, voire, par des ordres. Ce n'est pas ce qu'on constate. La femme ne fait que montrer des actes ou même des actions. Ainsi on voit des femmes qui prennent un comportement dirigé par un acte que l'homme adopte instinctivement comme étant le bon. Ce qui me donne un malaise dans les débats du féminisme, c'est qu'on présuppose que la relation n'est que domination et que ce qui fait défaut à  la femme est de savoir donner des ordres. Donc la femme est posée comme un contre-homme alors qu'elle possède des comportements spécifiques. Ce qu'il faut mettre en avant, c'est le pouvoir de la femme.

À peine débarqué à B. dans le nord, je constate dans l'évidence que les groupes de passants sont tous dirigés par des femmes. Il n'y a pas d'hommes seuls ou de groupes d'hommes. Partout il n'y a que des femmes qui sont en action individuelle comme des hommes que ce soient des passantes ou des gens en service. Tout de suite, je crois que ces villes du nord sont dominées par les femmes en tant qu'hommes.

Je perçois donc qu'il y a des pays du sud où les hommes sont présents mais discrets en tant que conseils et les pays du nord où il n'y a plus d'homme évident mais où tout est montré et indiqué par des femmes.

Je pense que les femmes créent un monde très différent de celui des hommes.

Observations des choses

À P., les arbres forment des bosquets qui recouvrent les rues; dans le nord, il n'y a pas plus d'un arbre par place. À P., les arbres font écrans donc de lutte contre les regards, les bruits, le vent. À L. , dans le nord, on expose et on montre les architectures du XVIIe siècle alors qu'à P. , le XXe siècle a  été un effacement du passé. Dans le nord, les lampadaires fins et discrets font de l'irrigation pour les fleurs.

Je reconnais que mes observations restent superficielles. C'est mon défaut recherché. Mes observations n'universalisent pas la perception. Elles ne peuvent être que propres puisque ce sont des créations. Elles ne sont pas totalitaires ou seulement matérialistes. Elles restent personnelles même si je généralise. Je ne les impose pas comme une loi psychologique. Elles ne touchent pas ce niveau. Elles restent de la perception. Les paysages des villes du nord affichent les actes des femmes; les paysages des villes du sud affichent, pour moi, les conflits des hommes.

La culture

Chapitre 2

La culture

- pensées de Sartre sur l'idéologie et la culture

- critique de la culture de Sartre

- L'idéologie

- Critique de l'idéologie

Pensées de Sartre sur l'idéologie et la culture

La transcription du monde simplement perçu par les sens en savoir matérialiste peu ou prou rationnel se fait au moyen d'une grille de savoir qu'on appelle la culture. La culture est une forme d'idéologie. Le problème est donc de comprendre comment la culture arrive à l'individu.

Sur ce point J.-P Sartre nous a écrit une synthèse éblouissante et indépassable dans son opus "L'Idiot De La Famille" (éd. Gallimard, 1972, Gustave Flaubert de 1821 à 1857, p. 44 et suiv.) . Sartre avait le besoin de présenter la culture comme savoir de base qui soutient l'esprit pratique et qu'il nomme l'Esprit objectif. L'Esprit objectif est la raison qui soutient l'art et, en particulier dans sa thèse, la forme d'art précise du XIXe qu'il appelle l'Art-névrose c'est-à-dire l'art antiromantique dominant de la première partie du XIXème.

Que nous dit ce texte qui donne toutes les références de la pensée pratique et rationnelle ?

Surprise ! Voilà que Sartre commence par l'esprit de la nature qui est inconnu pour la plus grande part de notre génération. Mais pourquoi parler de nature ? Pourquoi remonter à  Adam auquel même Ève reprochait son désintérêt de la nature ? Quel est l'impact de Adam ? Cette nature n'est-elle pas angoissante ? N'a-t-elle pas provoqué des catastrophes par exemple, au XVIIIe ? Nous avons déjà le pratico-inerte qui est le monde de l'acte. Le monde brut que vous voyez en ce moment même de votre vie, c'est cela le pratico-inerte, bref, le monde humain dont le sous-monde urbain, la rue où l'on s'amuse à totaliser, à catégoriser. Mettez de côté, oubliez donc, cet esprit de nature pour l'instant même si celui-ci semble de retour. Il n'y a pas de guerre entre nature et culture. Je pense que Sartre a introduit la nature pour se placer l'origine de la culture en tant que contraire alors que nous pensions chercher les raisons de la culture. La nature est un milieu pour se cacher du regard ce qui semble très recherché par de nombreux mammifères.

Comme pour Adam, le monde doit être dépassé dans la souffrance du besoin. Le monde semble donc imposé et restant à  l'extérieur. C'est la relation fondamentale au monde qui va passer dans la dramatique relation de production et la division des producteurs antagonistes.

Pour Sartre, cette relation au monde passée en relation aux autres va se poser pour soi du fait de son expression dans le langage. Le langage est rémanent et il sclérose la relation. C'est l'apparition de la culture. Du coup, le savoir s'avère faux et déphasé. Du coup, il devient idéologie. L'idéologie est la conception de la classe dominante sur les conditions de vie des producteurs. Cette classe dominante, du fait de l'exercice systématique du pouvoir, universalise l'idéologie. Celle-ci est bouclée comme unique vérité éternelle. Le principe de la domination est de faire croire que le dominé applique lui-même la domination aux autres. Elle devient un rempart contre tout changement. Elle devient l'Esprit objectif dans la culture. Elle transforme les relations en institutions et en impératifs.

Critique de la culture de Sartre

La culture serait donc engendrée par la domination masquée. Et Sartre montre que la contre-culture ou Art-absolu n'est pas une solution si simple car elle se bat avec des fantômes. Pour Sartre, le capitalisme était tellement triomphant vers ces années 1850 qu'il a conduit les écrivains à l'échec de l'art ou Art-névrose.  Nous pensons que Sartre n'a pas détecté l'existence d'une pensée absolue opposée à la pensée matérialiste. Mais de quoi parlerait-elle,  cette pensée si elle n'a aucun objet réel ? Tout simplement du corps propre ou plus exactement de votre propre existence à travers votre corps.

Voilà comment Sartre décrit la base de l'Esprit pratique ou Esprit de l'acte pour lui. Ceci n'est qu'un résumé que je voulais le plus simple possible.

L'idéologie

En ce qui concerne l'idéologie, ce texte nous paraît dire : le principe de la domination est de montrer que le dominé applique lui-même les schèmes de la domination aux autres. Or le dominé se forme une idéologie en tant que recettes pour être reconnu le meilleur de son milieu, pour attirer à lui les autres. On retrouve cette idée chez P. Bourdieu (La Domination Masculine, éd.  Points, 1998, p. 62):  "Le pouvoir symbolique ne peut s'exercer sans la contribution de ceux qui le subissent et qui ne le subissent que parce qu'ils le construisent comme tel ". La culture ne serait donc pas seulement une conception du dominant. Or ceci est le principe de la corruption bourgeoise. Je suis corrompu par les autres donc je dois corrompre les autres.

Critique de l'idéologie de Sartre

Par contre, nous nous élevons en faux sur cette forme d'Esprit de l'acte puisque pour nous l'acte est commandé par le Soi éternel de l'espèce représenté dans un Moi temporel. Il y a effectivement un esprit pratico-rationnel qui nous met en accord avec les lois de l'inertie mais ce n'est qu'un moyen extérieur et ce n'est pas ce qui détermine l'individu vers un but. Il est indéniable que le besoin existe et qu'il nous impose un calcul rationnel pour le gérer mais, avant le besoin, il y a des forces de l'espèce humaine beaucoup plus dominantes. Adam était totalement passif parce qu'il n'avait pas le Soi alors que Eve a rencontré le soi par hasard. Ils ont été contraints de se reproduire. Ces forces dépassent le besoin de l'individu par le fait qu'elles agissent sur la reproduction de l'espèce.  La force de l'humain est dans ses 46 chromosomes ET 2 jambes de course pour se reproduire facilement.

Nos réflexions nous amènent à cette idée que nous possédons deux formes d'esprit confondus en une seule pensée car elles ne se recouvrent pas : une pensée pratique : moyens imaginés-fins et une pensée synthétique : intentions-images.

 

Les deux pensées

Chapitre 3

Les deux pensées

- La pensée matérialiste

- La pensée symbolique

- Conséquences sur la culture et l'art

La pensée matérialiste

Nous avons donc deux esprits ou si vous préférez deux pensées. Nous avons une pensée matérialiste pure et une pensée pure symbolique.

Prenons des exemples fictifs : avec la pensée matérialiste, cela pourrait donner :

 1- (vision mentale du plan de quartier) - "pour aller chez Annie, je dois prendre le bus dans cette rue et changer de bus ici".

Dans 1, je ne vois que des moyens de contact, un plan comme moyen de localisation, un ou deux moyens de transport. Après, je dois commencer un nouvel acte de visite à Annie. À la limite une autre personne aurait pu me donner ou m'échanger la marche à suivre.

La pensée symbolique

Avec la pensée symbolique , cela donnerait :

2- "si je vais me promener dans ce quartier, je pourrais rencontrer Annie " - (vision mentale d'Annie).

Dans 2, le quartier est, en entier, symbole d'Annie. Je pense verbalement à un quartier mais je vois une personne. Je n'ai plus besoin d'acter une visite réelle. Je me retrouve avec la présence d'Annie. Avec une Annie quasi-réelle alors qu'elle n'est que possible. Elle m'a surpris en vision comme si je la percevais avec mes sens. Il n'importe guère de la voir plus concrètement. Je sens sa présence évidente comme si elle était là, en massive. Le symbole fait advenir le sentiment qui est unique. Et le sentiment est envahissement total. Dans la peur, vous n'êtes plus dans vous-même. Vous êtes envahis par votre corps sensible. L'esprit est emporté par une peur puis relâché aussitôt après puis repris à la première pensée verbale et ainsi de suite. Si vous n'êtes pas seul, on vous dirait de penser à autre chose pour couper le sentiment qui vous lie. On  vous ferait retomber dans le vécu immédiat donc dans la pensée matérialiste. Dans les rêves, vous passez d'un sentiment à l'autre sans pouvoir vous délier donc d'une image de rêve à l'autre ce qui vous apporte une impression de continuité entre les images qui sont très statiques. Voyez le rêve référentiel de l'homme aux loups  de Freud. Le loup est reproduit sous la peur en plusieurs loups pourtant pacifiques et assis sur leurs pattes de derrière ce qui est plutôt inhabituel pour le loup, animal vivace toujours en mouvement, qui a un flair inouï mais voit peu et donc qui produit des images à partir des sensations. En fait ce loup se présente dans le rêve comme un dominant du lieu qui barre toutes les routes de fuite symbolisées par des branches. La pensée symbolique est ce mode de pensée absolu.

Ainsi le symbole a un effet majeur sur l'esprit. C'est le moyen d'emprise d'un autre que vous savez d'évidence n'être pas vous-même. C'est donc un moyen de communication hors de vous-même. Or les restes comme les mégalithes montre que ce moyen est connu de tous temps par l'espèce. Les mégalithes montrent que la communication symbolique était développée avant le langage. C'est ainsi que les morts communiquaient avec les vivants et communiquent encore. Il n'y a pas de meilleur moyen de communication concret y compris le langage. Il est surprenant de voir que les femmes ont beaucoup moins droit aux mégalithes. Leur relation dans l'au-delà serait-elle dangereuse ? Les femmes passent toujours pour avoir un esprit difficile et incontrôlable par la raison pure.

Conséquences sur la culture et l'art

Dans la pensée matérialiste, on utilise le moyen d'un savoir acquis et en attente qui n'est autre qu'une culture. On s'efforce laborieusement de relier en série des morceaux de savoir seulement poussé en avant par des petites joies de réussite.

Dans la pensée symbolique, on crée un tout qui est un nouveau moi sous l'emprise d'un soi qui est en cours de changement et qui est déstabilisé. On subit une emprise, on se sent dans un domaine, dans une transcendance, qui est imaginaire. On se retrouve dans une création imaginaire ex nihilo. On perd toutes nos références et donc notre culture. La pensée symbolique est extérieure à la culture elle est donc du côté de la contre-culture. Et comme elle est création imaginaire elle est dans le domaine de l'art. Il apparaît donc que l'art est engendré par la contre-culture. Bien entendu, le sentiment ou l'émotion donné par l'art persiste dans les souvenirs mais cela n'en fait pas une culture. L'art n'est pas engendré par des souvenirs mais par des sentiments.

Vous allez dire que cette pensée symbolique est, de tous temps, pathologique. Selon P. Bourdieu (op. cité, p. 59) : " La force symbolique est une forme de pouvoir qui s'exerce sur les corps, directement, et comme par magie, en dehors de toute contrainte physique ; mais cette magie n'opère qu'en s'appuyant sur des dispositions déposées, tels des ressorts, au plus profond des corps ". Si Macbeth n'avait pas rencontré les sorcières, il n'aurait jamais tué, dans son propre domaine, lui, un adorateur de la domination c'est-à-dire de la maîtrise du lieu. Mais enfin, le but de cette œuvre est autre que de faire la morale de la domination ou de comparer pouvoir et domination. Néanmoins vous avez noté comment le roi Duncan débarque à l'improviste au moment où Macbeth remâche ses fantasmes.

Vous allez présenter devant nous des malades tels que l'hystérique (féminine ou non) qui nous affirme que l'autre est physiquement entré dans leur corps et leur communique par des tortures. Or c'est précisément l'essence de la communication. La communication est toujours un risque d'intrusion dans vos défenses physiques.  Le discours des rationalistes est justement que cet esprit archaïque est la source de presque toutes nos maladies somatiques. Mais la progression de l'esprit matérialiste a été faite en intégrant, en assimilant toutes ses croyances de l'esprit symbolique.

 Il est  absurde de penser qu'un jour, l'esprit matérialiste pourrait devenir l'esprit unique puisqu'à ce moment là l'homme deviendrait un androïde. Il n'y aurait plus d'art possible. Si l'humain est au dessus des faits, s'il est un aboutissement de millions d'années d'évolution, il lui impose d'avoir un esprit totalement différent de la matière. L'homme doit se conduire selon un esprit magique en faisant confiance à ses sentiments qui sont le reflet de son espèce.