La vie subjective

La vie subjective

Intentions et faits

Acte et morale

Morale action sociale

Un avis philosophique

Le diagramme présenté dans l'article sur la pensée  et intitulé la dissociation  se veut être un diagramme complet de l'acte. Il montre seulement une structure de base de la vie subjective et active de l'individu. Il pourrait donc se nommer diagramme de l'acte parfait. Il ne montre pas pour la clarté les achoppements de l'acte, les échecs, les essais, l'intervention de la parole qui donne du temps d'attente et les actions qui englobent les complexes d'actes. C'est l'acte parfait qui est décomposé. Cet acte est engagé par une dissociation de soi, dissociation ou rupture avec ce qui nous maintient dans le passé et dans l'inerte.

Intentions et faits

Notamment, ce diagramme montre deux phases de l'acte : la phase 1 d'acquisition de l'intention et la phase 2 de réalisation dans la réalité des faits. Nous pouvons remarquer que ces deux phases sont pratiquement antisymétriques, en miroir autour du point de  changement de phase.  Action et réaction. Ceci nous entraîne à dire qu'il peut être noté deux états séparés dans l'existence : l'intention et le fait. L'individu passe son existence soit dans l'intention soit dans le fait tout en répétant deux fois au minimum toutes les étapes élémentaires. L'existence se passe entre deux stases : l'intention et le fait.

Nous rappelons que la phase 1, qui la moins connue, est la phase d'acquisition de l'intention en visionnant deux personnages dans un lieu : un acteur et un observateur. Ce phénomène fait surgir l'acte par la vision et le fait tomber dans le domaine du faisable, du possible ou même de l'évidence. Dans l'intention, l'acte est connu définitivement comme un possible. Reste à affronter le fait et le faire. Dans nos essais antérieurs nous avons montré qu'il n'y a qu'un facteur unique de passage à l'acte qui est la découverte d'un objet réel, moyen ou but de l'acte, objet qui rappelle et condense la vision. Jusqu'ici nous pouvons constater que le phénomène est indépendant de la volonté ou de l'autorité. C'est le propre du phénomène. L'acte s'impose à  l'individu comme une obligation. L'intention est irrépressible. La réalisation devient une libération.

faits

Acte et morale

Or, une fois dans le fait, arrivent des blocages. Ces blocages ne créent pas des arrêts ou des paralysies puisque l'acte est presque aussitôt dérivé vers la réflexion intérieure ou même vers la parole à un autre ou la relation verbale. Il y a, bien sûr, tous les facteurs liés au lieu et aux moyens inadaptés mais il y a également le fait d'une réflexion spéciale qu'on appelle la morale. Le surgissement de cette morale qui s'annexe en plein coeur de l'acte en tant qu'obligation plus forte que l'acte reste très mal compris à ce jour et nous allons y réfléchir. Nous avons consulté en même temps certains philosophes de renommée comme Jürgen Habermas ou John Rawls.

Tout d'abord, commençons par distinguer un faux ami qui est l'éthique ce qui est passé sous silence par de nombreux auteurs. L'éthique est une norme de comportement au sein d'une corporation. On parle d'éthique d'une profession. C'est l'action a minima sur laquelle la concurrence est interdite.

Alors que l'éthique est une contrainte extérieure, la morale est intérieure à l'individu. La morale surgit au cours de l'acte entre les intentions et les faits mais précisément au cours des relations humaines incluses dans l'action. La morale ne porte que sur les relations mais elle est un fond permanent de toutes les relations nécessaires ou aléatoires. Si la morale est intérieure ou subjective, elle est indépendante de la religion qui est objective puisqu'elle est acquise par l'enseignement. La morale est indépendante du religieux ; elle n'est pas du tout un rejeton de la religion. La morale est une mise en doute de l'action sous le regard de l'autre (imaginé) qui est à cet instant resté en dissociation c'est-à-dire, en formation de l'intention. La morale est un retour de la phase 1 en plein dans la phase 2. La morale est typiquement une croyance et non une vérité. Exemples de morale : interdit de cacher mon but à  l'autre ou interdit de prendre l'autre comme moyen ou bien interdit de toucher l'autre.

Morale et action sociale

La morale est négative. Elle produit un conflit intérieure avec l'intention subjective en la confrontant avec l'intention d'un autre. Tout à coup, l'autre se mêle de mon existence, donc de mon acte, tout en restant purement imaginé. Je tombe dans un conflit intérieure de réflexion. Examinons de plus près quelques cas types de conflit.

Les grands organismes sociaux concentrés et fortement hiérarchisés sont sous un régime autoritaire. Dans ce cas, les agents ne rencontrent pas ou peu de conflits moraux. Le règlement et l'autorité éliminent le conflit personnel.

L'autorité absolue ou même le respect absolu empêche toute existence de la morale. L'expérience du psychologue américain Stanley Milgram (1960) l'a démontré. Dans cet expérience, un sujet tout à fait commun pris dans un groupe reçoit l'ordre impérieux  de torturer un autre individu avec des électrochocs, cobaye non visible et inconnu de lui. L'expérience est présentée comme une recherche officielle d'un laboratoire d'état. Un  faux officiel demande de répéter avec des électrochocs de plus en plus forts jusqu'à dépasser les risques mortels. Ces courants sont visibles sur des cadrans. Mais 62 % des sujets poursuivent sans protester et déclenchent les faux chocs électriques croissants. L'autoritarisme empêche toute existence de morale. Si on donne l'ordre de torturer, il n'y a aucun conflit avec une morale. On appuie sur le bouton des électrochocs. Le présence ou l'influence de l'autorité absolue inhibe le sentiment moral de l'acte individuel.

Une république est telle qu'elle fait coexister des formes sociales opposées. Dans le cas de petites unités de production libérales, il existe des conflits moraux permanents. Dans ces unités, on remarque que l'autorité est souvent cachée. Ce n'est pas pour une question de confiance comme il est souvent prétendu mais bien pour éviter les conflits moraux. On peut noter comme le silence et la discrétion sont de règle dans les openspaces. Il y règne une atmosphère anti-dynamique et lourde de conflits douteux réprimés. Les buts de la production sont définis aux intéressés mais seulement par la copie du contrat qui est justement très concise. Mais le conflit ne porte pas sur les buts. Le conflit est seulement un conflit de qualité. La politique de qualité est activée mais par périodes souvent après un conflit ouvert. La question des moyens reprend le dessus.

Un avis philosophique

Dans un essai : "Jusqu'à quel point l'autorité du devoir" (dans L'Intégration Républicaine, éd Pluriel, 2014)   J. Habermas veut démontrer que le juste, donc l'éthique, en tant que règle des relations entre organismes, procède d'une généralisation du bien donc de l'obligation individuelle, de la morale. En conséquence, ils devraient être utilisés dans la même forme. En particulier, cette forme est celle des conclusions des débats législatifs. Autrement dit, tous les conflits moraux devraient faire l'objet de débats de style législatif pour être résolus, débats qui devraient engendrer des améliorations. Habermas part du fait que, lorsqu'on prend conscience que l'on voit les actes de façon identique dans un groupe, on peut passer ces actes en normes. Le juste (l'éthique) est une généralisatlon du bien (moral).

Les conflits moraux ne devraient pas être débattus dans des conversations pour être résolus. L'unique effet d'une conversation est de rabaisser le niveau de conflit. On finit par croire ceci : après tout, le conflit est normal dans notre existence mais on s'y fait. La conversation de groupe rabaisse le niveau moral sans aucun débouché de solution. La virulence initiale du conflit est toujours décroissante. Habermas indique bien que si l'on soumet son conflit personnel à l'avis des autres c'est qu'on rabaisse son obligation qui vient déjà d'un autre à l'origine. On cultive le doute. On oppose un autre à un autre. On se décharge sur l'autre. Non, le débat politique et notamment républicain ne peut pas être un cadre à notre réflexion. Le conflit se dépasse dans la baisse du sentiment. Nous avons vu que si l'acte était bloqué, il était dérivé vers la parole et la pensée. il est possible que Habermas ait généralisé ce phénomène comme une nécessité de discussion. Autrement dit, si la morale n'est pas suffisamment reconnue comme une mise en garde individuelle impérieuse, elle ne doit pas être seulement mise de côté par la conversation sur les règles morales de la société,  donc règles éthiques, alors que le conflit moral est purement intérieur.