Pensées et actes

Pensée et acte

Pensée et langage

Le sentiment

La sensation

Dans le prolongement de notre article sur les pensées, nous livrons des réflexions complémentaires sur certains points.

Nous avons vu l'acte comme un complexe de fonctions. Étant donné que les fonctions ne peuvent pas se chevaucher, nous avons une chaîne de fonctions :

Perception >vision>pensée>vision>sentiment>réflexion>acte

Regarder n'est pas voir car regarder est reconnaître un objet-but. Regarder est un acte alors que voir est un rapport au monde sans objet. Voir est une fonction. Un acte est une suite de fonctions réunies par un but. Nous pouvons analyser chacune des fonctions.

Pensée et langage

Dans le domaine philosophique, c'est-à-dire de la psychologie personnelle de l'individu, le développement actuel des moyens de communication a donné au langage une prééminence sur toutes les formes d'actions. Par exemple, dans L'intégration Républicaine de Jurgen Habermas ( p. 40, éd. Pluriel), on nous dit : " De toute façon, le langage est le médium de coordination de l'action le plus important." Mais il est ajouté : " Les jugements moraux et les prises de position qui s'appuient sur des normes intériorisées s'expriment par un langage chargé d'émotions." Tout à coup les émotions viennent au dessus du langage pur. Les émotions, que sont-elles ? Ce sont les sentiments. Néanmoins, pour J. Habermas, les normes, en tant qu'automatismes de pensée, culture, sont le fondement des croyances. Il est clair que nous ne le voyons pas ainsi.

La pensée selon Habermas est un langage. Mais la pensée est pour nous une production d'images. Elle présente des visions. La pensée est une visée. Mais en visant une image, elle perd sa propre image. Ces visions sont donc éphémères et sans trace. Elles ne laissent que peu d'impressions. Elles n'ont aucun rapport avec un langage. Mais dans ces visions, il y a quelques paroles qui expriment une attente de vision. Ces paroles nous restent en écho après la pensée  c'est pourquoi elles viennent sur le devant de la pensée. La question de savoir pourquoi nous intériorisons des obligations sociales dans nos actes est alors résolue. Nos pensées nous montrent des visions des actes mais ces visions ont été captées dans la réalité.  Ces visions sont construites sur la base d'une réalité vue. Ces visions sont des copies des actes des autres. Le langage, par contre, ne permet pas cet échange total car une parole peut signifier plusieurs réalités.

Le sentiment

La pensée produit de plus un sentiment. Comment voir le sentiment ? C'est le sentiment qui est le ciment de nos pensées. La pensée est un produit neurologique qui a une énergie donnée. La pensée a une valeur énergétique ; elle a un potentiel. Pour donner et consommer cette énergie il faut relier deux pensées entre elles ce qui produit un flux. L'exemple de l'énergie est absolument évident. Le flux est le sentiment. Localisation, déplacement, bien-être, compréhension, beauté, accord, honte, attirance, séduction, amour … sont quelques exemples de sentiments que rencontre tout individu mais quand et pourquoi ? Dans l'action. L'action est une succession d'actes plus ou moins rapide mais dans chaque acte il émerge un sentiment différent. Il y a donc dans la subjectivité d'un individu en action plusieurs sentiments qui coexistent puisque le sentiment est rémanent. Or les pensées qui créent les actes ont une valeur qui donne une intensité aux sentiments. Les sentiments les plus anciens sont recouverts et perdent progressivement leur intensité jusqu'à disparaître.

 La sensation

Et puis il y a la sensation. Mais la sensation est purement organique et ne fait pas partie de la pensée qui est neurologique. Néanmoins, toute pensée est introduite par une sensation perceptive. Et comme la pensée vise un acte, elle se conclut par une sensation d'action. La sensation ouvre et ferme la pensée.  La réflexion est une forme de langage intérieur mais qui ferme la pensée pure visuelle en l'exprimant avec les mots. Il est possible de rajouter une sensation d'acte à la fin d'une réflexion : excitation,  chaleur, froid, tension, douleur, crampe, fatigue ... sont quelques exemples. Cette sensation peut alors appeler un sentiment acquis antérieurement. C'est une technique d'ancrage de sentiment utilisée dans certaines thérapies. Le but étant de donner un second sentiment favorable pour masquer un autre sentiment moins agréable.

Nous sommes donc très loin d'une norme de pensée acquise par une vérité de l'expérience qui se confirme et se renforce dans la mémoire. Lorsque l'on regarde les choses par une pensée propre à l'individu on voit un autre humain que celui qui recopie des normes acquises de gré ou de force par la contrainte sociale. Cet humain là, cet axiome que la masse nous a fait croire depuis des siècles, n'est plus d'actualité. Ainsi le conservatisme implicite d'Habermas, la référence à l'histoire, l'esprit spirituel indéfectible à côté du séculier, nous apparaissent sous un autre angle et nous donnent le sentiment d'un mystère sans fin. Néanmoins il faudrait comprendre et expliquer quelles sont les réalités terrestres et matérielles qui sont à l'origine de la pensée et pourquoi l'espèce humaine s'est développée grâce à une pensée supérieure ce que nous ne tenterons pas de faire maintenant. L'individu ne vit pas que dans l'instantané puisqu'il a une temporalité donc notamment un passé. L'animal vit dans l'instant. Mais l'individu est libre de ce passé. Il est moins libre du futur qui vient de la réflexion. Il faut saisir les valeurs cachées dans les références à l'histoire passée. Ce sont des contre-valeurs. En gros, nous estimons que l'être humain est guidé par des pensées schématiques primaires qui sont propres à  l'espèce humaine. Ces pensées sont exprimées dans des pulsions propres à l'espèce. Que connaît la pulsion ? Elle ne connaît que ce qu'elle voit. Mais que voit-elle ? Une autre pulsion. La pulsion ne voit qu'une pulsion en tant que matérialité terrestre. Il n'y a pas d'autre valeur dans le monde que celle de la pulsion.

Nous en restons plus prosaïquement au sentiment que nous avons comparé à un flux dans une métaphore énergétique.