Sur la psychanalyse

Sur la psychanalyse

Le langage pratique et non technique nous permet de former des propositions qui nous assurent de notre existence.

Il y a deux formes principales de proposition. Prenons-le à titre d'axiome simpliste mais bien délimiteur. Soit la proposition est une description de l'objet d'intention ou du lieu, soit la proposition est une relation d'un objet à un autre objet ou le passage d'un lieu à un autre. On note immédiatement qu'il n'y a pas de proposition naturelle sur l'identité des individus. La description d'un individu doit donc être imposée par contrainte par exemple dans une étude du passé. Nous sommes polarisés par un objet-but ; nous pensons aux autres dans le dialogue mais comme décors de scène. Toute proposition doit être non contradictoire avec une autre or l'individu est contradictoire donc évité.

Dans la description, il y a un sentiment ou un accompagnement de vérité. Le sentiment est que l'objet existe dans le contingent (la réalité environnante). Par contre, dans la relation d'objet, l'objet-but est objet d'intention, d'investissement, comme le dit la psychanalyse, c'est-à-dire avec une valeur attachée. Il est presque présent mais pas encore là. C'est une croyance d'existant. Il se pourrait que l'objet soit inexistant. Et si l'objet reste inapparent, finalement, la croyance sera refoulée. C'est la seule façon qu'elle a de s'effacer. Refoulée signifie quoi ? La psychanalyse nous indique que c'est passer du domaine préconscient des propositions verbales pures, sans objet visuel, sans contradiction, au domaine inconscient.

Ce domaine de l'inconscience est bouclé, forclos, comme le dit la psychanalyse, caduque mais malheureusement, il y a des fuites et celles-ci sont intrusives et très gênantes dans notre existence. Les croyances inconscientes provoquent des pertes de sens. Ces croyances fausses prennent le devant sous forme de présence en soi d'un autre.

C'est alors que la psychanalyse établit une proposition totalement contradictoire à mon avis. Elle établit qu'un lieu subjectif, quel qu'il soit, peut être ouvert par un individu tiers. Dans la cure, le psychanalyste devient un Autre (notez la majuscule) qui entraîne l'individu, le sujet, vers le domaine inconscient.

Alors là, je suis étonné ! D'une part, la psychanalyse nous dit que le refoulé est fait de propositions verbales ni vraies ni fausses, et d'autre part elle nous déclare que l'image d'un individu peut nous conduire dans ce lieu des propositions non rattachées au réel. Or un lieu est une vision. Le visuel se transformerait en verbal ce qui me paraît contradictoire et suspect. Je voudrais bien qu'on m'explique !

Au reste, Freud n'a pas écrit cela. Il a dit que l'inconscient était composé de traces d'images accompagné de bruits comme une sensation banale de la réalité. Sauf que cette image ne vient pas des sens, mais elle vient d'où ? Voilà le mystère. Le bruit ne vient pas de nous, il est dans l'image, comme une sensation.

La pensée verbale pure, que j'appelle réflexion, ne pourrait pas créer une vision. Elle fait revenir une vision ancienne. Les visions d'objet ont des bruits pour cette raison que l'objet est toujours investi par un individu qui est présent et qui parle dans la pensée qui visionne. Or la pensée verbale est incompatible avec l'image de l'autre. Mais cet individu est à peine visible derrière l'objet. Néanmoins il fait des propositions sur l'objet plus qu'il le montre ou l'utilise. Et alors, nous, sujet devant l'autre, nous investissons l'objet parlé  pour copier l'autre. L'investissement de Freud est une copie de l'acte de l'autre. Nos propositions réelles d'objet ne sont que des copies de l'imagination. Mais à part cet acte attirant, la présence de l'autre ne nous intéresse pas. Donc il est … refoulé.

L'inconscient est un domaine psychique et non un lieu matériel. Veuillez pardonner mon prosaïsme ! Un domaine est une catégorie dans notre réflexion qui catégorise tout en permanence. Aucune image de grand Autre ne peut nous mener dans une catégorie verbale sans passer par une projection dans l'imagination (et non l'imaginaire). Et c'est à ce moment-là qu'elle prend son sens. La pensée est visuelle (la réflexion est verbale), l'imagination est visuelle, l'imaginaire est visuel. Mais comment l'imaginaire serait-il créé puisqu'il est à l'origine de la réflexion et non au bout du refoulement ?

L'imaginaire est créé dans un phénomène complètement étranger à ce qu'on appelle communément la conscience. Le processus de formation est un processus de l'espèce humaine développé entre les âges de trois et six ans. Ce processus est pourtant commun à toutes les espèces. C'est un processus d'investissement des pulsions dans le comportement. C'est l'absence de ce concept qui rend la psychanalyse si contradictoire. Mais les pulsions sont pourtant représentées dans l'imagination. Si alors l'imaginaire est seulement représenté, son essence passe pour constituée de représentations au lieu de pulsions. D'autre part, si l'imaginaire est représenté par des images dans l'imagination, cela entraîne qu'il rejette toutes les vues qui ne sont pas dans les formes propres à l'individu. C'est donc un mécanisme positif de sélection des objets d''intention et non un mécanisme négatif d'effacement du monde contingent. Les possibilités d'un individu sont inscrites en lui dès l'origine.